09 Mar

L’Eucharistie

UN PRÊTRE POUR LA MESSE ?

Gérard FOUREZ

Aujourd’hui, la question se pose de plus en plus souvent : “Trouvera-t-on un prêtre pour dire la messe ?” Et certains d’ajouter : “Il faut un prêtre, car une assemblée de prière sans prêtre, ce n’est pas une Eucharistie”; Des réflexions de ce genre montrent que beaucoup de catholiques ont encore tendance à se référer à une conception plutôt magique du rôle du prêtre qui “consacre”. Pour éviter un langage caricaturé, on pourrait simplement dire que la théologie des sacrements et la piété populaire ont, au cours de l’histoire, été envahies par des catégories juridiques comme celles de “validité”, de licéité, de compétence, etc., au détriment d’un discours plus solide.

Cela a d’ailleurs conduit des prêtres à se plaindre d’être devenus de simples “distributeurs de sacrements”. Dans la même perspective, certains survalorisaient l’idée qu’un évêque est le successeur des apôtres. Il a fallu attendre le dernier concile pour que des théologiens rappellent qu’il y a Eglise chaque fois que quelques-uns se réunissent au nom de Jésus et de son Evangile.

Qu’est-ce qui, en priorité, caractérise une Eucharistie chrétienne ? Est-ce la présence ou les paroles du prêtre ? 0u bien est-ce l’existence d’une communauté qui, à la suite de Jésus, dit : “Voici ma vie que je donne”. Dans cette perspective, ce ne sont pas les paroles de la consécration qui font qu’il y a Eucharistie et que Dieu est présent. C’est, fondamentalement, l’engagement de la communauté qui, suscitée par l’Esprit et par l’Evangile, se met à la suite de Jésus. C’est ainsi que, quand une communauté se réunit pour faire mémoire – en paroles et en action – de la bonne nouvelle en Jésus-Christ, elle célèbre l’Eucharistie. Qu’un prêtre ordonné soit présent ou pas, c’est secondaire, car c’est l’Eglise qui célèbre l’Eucharistie et pas le prêtre officiant.

Une telle perspective n’implique pas que les prêtres n’aient aucun rôle. En effet, il faut des ministres (des serviteurs) de la communauté dûment mandatés pour parler au nom du Christ et de l’Eglise, pour la réunir…  Dans la perspective d’un service, il va de soi que le mandat doit être limité. L’essentiel, pourtant, n’est pas que des règles de droit soient suivies mais que la communauté ait la vie et l’ait en abondance. La fonction des prêtres (les anciens de la communauté) c’est de rendre cette vie possible. C’est d’ailleurs ce que Jésus nous a appris, par exemple en refusant de condamner la femme adultère ou en guérissant le jour du Shabat. L’Evangile nous montre qu’il y a des transgressions légitimes.

Trop souvent, on continue à perdre du temps et de l’énergie à chercher des prêtres “pour dire la messe” ou pour “conférer les sacrements”. On fait aussi voltiger les prêtres d’une communauté à l’autre pour accomplir les rituels sacramentaux dans diverses paroisses, alors que ces communautés pourraient se débrouiller elles-mêmes et, vu les besoins, confier des mandats en dehors de ce qui est prévu par le droit. Il est important que les communautés évoluent, instituent de nouveaux types de ministères et reprennent conscience que là où deux ou trois sont réunis à cause du Christ, celui-ci est au milieu d’eux.